Le Lundi des Créateurs : Sophie et Géraldine Goffard (Goffard Sisters)

Géraldine et Sophie sont soeurs. Bien que très différentes, elles cultivent les mêmes passions de créativité, du "bien manger". Lors de voyages, Géraldine a découvert les insectes comestibles, excellente source de protéine.
A partir de là, l'aventure "Aldento" des Goffard Sisters a commencé.

Bonjour à toutes les deux ! Merci d’avoir fait un peu de place dans votre horaire pour répondre à mes questions ! Pouvez-vous me parler un peu de vous ?

Sophie : Alors, déjà, nous sommes deux sœurs ! (Rires)

Géraldine : En effet ! Et Liégeoises, toutes les deux.

S. : On s’entend bien depuis qu’on est petites… On est très, très différentes, mais complémentaires. Moi j’ai migré vers Bruxelles à l’âge de 20 ans, il y a 20 ans donc et j’y ai fait ma vie.

Je dirais que Géraldine voit toujours le verre à moitié plein et moi, le verre à moitié vide !

G. : On vient d’une famille classique, nos deux parents étaient employés. Puis, notre papa s’est lancé dans l’entreprenariat il y a quelques années, mais ce n’est pas ce qui nous a donné envie de faire de même.

On a suivi une scolarité classique dans la filière générale. Sophie a fait des études de communication et moi, j’ai eu un parcours plus multidisciplinaire, je vais dire ! (Rires) Après les secondaires, je ne savais pas trop quoi faire, j’étais un peu dégoutée du système scolaire qui ne me convenait pas.

Ma maman m’avait inscrite dans une école d’esthétique et bon, c’était pas du tout mon truc ! (Rires) Mais j’ai pris ça comme deux années sympas durant lesquelles j’ai fait plein de rencontres et qui m’ont permis d’avoir des cours de gestion.

Ensuite, j’ai suivi des cours pour devenir institutrice primaire et là aussi, il y a plusieurs éléments tels que les modifications des socles de compétences et les parents qui manquent de respect aux profs qui ont fait que ça ne me convenait pas. Je me suis lancée dans le monde du travail où j’ai été employée et puis je me suis formée pour être gestionnaire de marchés publics. Tout ça fait donc partie de mon ancienne vie.

Sophie, elle, était directrice de production dans le monde du spectacle.

 

Et comment en êtes-vous arrivées à faire des pâtes ?

G. : Vers la trentaine, on a commencé à se poser pas mal de questions. On se rendait compte que quelque chose nous manquait dans nos activités professionnelles, même si elles nous plaisaient. C’était plus une question d’implication et de sens.

S. : Moi, je suis passée par un burn-out, qui est en général, une période où se remet vraiment en question. J’ai essayé de retourner à quelque chose d’essentiel, que je faisais étant petite. On avait une grand-mère qui faisait beaucoup de pâtisseries et j’ai ressenti le besoin, à l’époque de mon burn-out, de travailler la matière, d’avoir cette satisfaction immédiate de la fabrication d’un produit avec ses mains et que quelqu’un va manger. Après, ce qu’on fait maintenant, ce n’est pas vraiment ce modèle-là, nous ne sommes jamais en contact direct avec les consommateurs.

On en a discuté et ça tombait bien, Géraldine en avait marre de gérer ses marchés publics, elle est passée par un épuisement, et donc on s’est retrouvées à se dire « et si on remettait un peu de plaisir dans nos vies professionnelles ? »

G. : Le côté créatif, je pense que ça vient aussi de notre enfance. Moi, j’adorais tout ce qui était dessin, bricolage, poterie… Sophie m’accompagnait aussi dans certains ateliers étant petite. On a aussi été éduquées au bien manger, on avait pas de sodas à la maison. On nous a aussi toujours incitées à goûter les saveurs qu’on ne connaissait pas. Tout ça fait évidemment partie de qui nous sommes aujourd’hui.

Lors de voyages, j’ai découvert les insectes comestibles. En Afrique, ce sont les mamans qui cuisinent ce genre de plats qui font partie intégrante de leurs habitudes alimentaires. Les insectes sont une excellente source de protéines, notamment pour les enfants.

En revenant ici, je suis donc restée beaucoup plus attentive à ce type d’alimentation et à l’élevage d’insectes. Ça a été une prise de conscience pour moi, car on parlait déjà du fait de varier notre alimentation, de la préservation de l’environnement au sens large, de la planète et des personnes qui nous entourent. Je trouvais donc ça dommage de bouder les insectes chez nous et j’ai voulu les faire découvrir à d’autres, toujours dans une idée de partage.

Petit à petit, notre entreprise a démarré sans réelle réflexion marketing et commerciale derrière.

 

Avez-vous des actualités dont vous avez envie de parler ?

S. : Tout à coup, notre métier est devenu « créatrices et fabricantes de pâtes » et en janvier 2022, trois nouvelles références sont sorties et sont des pâtes 100% belges. Le grain est cultivé en Wallonie, moulu en Wallonie pour en faire une farine et cette farine, on en fait des pâtes qui sont distribuées dans un circuit de magasins spécialisés BIO et produits locaux. On sentait qu’il y avait une vraie demande de circuit court, de local.

Maintenant que ces pâtes 100% belges existent sur le marché, elles sont mises en concurrences au niveau du prix avec des pâtes industrielles fabriquées en Grèce ou en Hongrie. Bien sûr, on est dans un contexte très particulier de crise, le pouvoir d’achat diminue, le prix de l’énergie augmente… Mais c’est très challengeant car on a vraiment été à l’écoute de la demande des consommateurs, on a développé et sorti ces références-là pour eux.

On se pose beaucoup de questions suite à ça. On se rend compte qu’il y a plein de facteurs extérieurs qui chamboulent tout, alors il faut nous adapter.

G. : Un autre aspect me vient en tête, qui est plutôt lié à la production. J’ai les retours de Sophie sur les envies des commerçants au niveau des emballages. Aujourd’hui, on utilise des emballages en plastique transparents qui sont fabriqués à partir d’une seule couche de plastique et qui peut donc être recyclé dans notre circuit de recyclage PMC.

Pourtant, la perception du consommateur, sûrement due au médias et aux grosses sociétés qui elles, font du greenwashing en utilisant des emballages plastiques non recyclables, est qu’un emballage en papier kraft ou compostable est plus écologique qu’un emballage en plastique.

Bien sûr, il faut s’éloigner du plastique, pour autant que le système de récupération et de collecte des emballages en papier kraft ou compostable soit existant et efficace. La plupart de ces emballages sont mis avec les déchets ménagers et sont incinérés !

De plus, ces emballages sont beaucoup plus énergivores à la conception et le seraient moins, in fine, s’il existait un système de récupération et de vrai recyclage.

 

Avez-vous des rêves un peu fous que vous aimeriez réaliser d’ici quelques années ?

G. : Au niveau personnel, je souhaiterais pouvoir terminer ma vie au Bénin et y ouvrir une école. Et au niveau professionnel, je rêverais que nos pâtes Aldento se trouvent dans tous les ménages, qu’elles soient accessibles à tous et que les gens comprennent que c’est une très bonne alternative à tout point de vue, autant environnemental que nutritif.

S. : Je sais pas si c’est vraiment un rêve, mais je fantasme un peu sur l’idée d’avoir un terrain ou j’aurais des brebis, des poules et où je pourrais cultiver ce que je veux. Un endroit où tout fonctionnerait au ralenti.

Au niveau professionnel, je ne pense pas avoir de rêves particuliers. Ah si, peut-être, en fait ! Dans notre entourage, on a une personne très bienveillante qui est CEO d’une entreprise collaborative. C’est quelque chose qui m’interpelle. Je dirais que mon rêve serait de pouvoir œuvrer dans un entreprise où le modèle, la structure de fonctionnement n’est plus pyramidale et où la collaboration est complète, où chacun connait ses champs de compétences et les met à profit. Une entreprise où on est plus fluide, où les rôles ne sont plus autant définis.

 

Enfin, si vous pouviez dire quelque chose ou donner un conseil aux gens qui vont lire cette interview, vous leur diriez quoi ?

S. : J’ai vu ça quelque part, je pense que c’est un proverbe chinois, mais je ne sais plus trop, qui disait « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». Ça me parle bien en ce moment et je pense que ça peut parler à d’autres.

G. : Je ne sais pas trop, je trouve que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, comme on dit. Donner des conseils, c’est pas trop mon truc. J’ai un peu une âme révolutionnaire, donc j’ai plein de choses à dire ! (Rires)

Par rapport à l’actualité, je trouve que depuis plus de deux ans, on maintient le citoyen dans un état de crise et de panique, parce que c’est quand on est sous l’effet de la peur qu’on est les plus malléables. Donc je proposerais à chacun de reprendre du temps pour soi et de retirer du positif de cette période de COVID et de crise pour garder son esprit critique en éveil. Il ne faut pas se laisser envahir par cette période anxiogène.

S. : L’autre question ça serait « mais comment faire ? » (Rires)

G. : Effectivement, on est dans une routine, on est tous pris dans plein d’activités… Il faut pouvoir s’octroyer au moins une heure ou deux par semaine, même si c’est juste pour lire un livre ou s’occuper un peu de son jardin. Il faut pouvoir s’isoler un peu et prendre du temps pour soi.

D’ailleurs, je conseille vivement à chacun deux livres que j’ai lus et qui ont vraiment enclenché une réflexion chez moi : « Kilomètre Zéro » et « Respire ! Le plan est toujours parfait », tous les deux de Maud Ankaoua.

Interview réalisée par Julia Blaimont

Les créations des Goffard Sisters

Pâtes au chanvre belge BIO 350gr

Pâtes tomate et basilic BIO 350gr

Pâtes au piment 350gr